Vase en opaline du XIXe siècle

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Vase «Brume d’opale»

Il est des matières dont la beauté naît moins de la couleur que de la lumière. L’opaline française fut l’une de ces découvertes du XIXe siècle : le verre perdait sa transparence mais semblait acquérir une luminosité intérieure.

Dans ce vase, l’effet d’une brume laiteuse presque impalpable s’achève de manière inattendue par le turquoise et l’or — des couleurs qui transforment la retenue en fête.

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Description

Vase «Brume d’opale»

Verre opaline, dorure.
France, vers 1830–1850.
Hauteur : 30,5 cm.
État de conservation presque excellent : légère usure de la dorure.

L’histoire de l’opaline française commence à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles et est liée à la maîtrise, en France, de la fabrication du cristal au plomb selon le modèle anglais. Sous l’Empire, sa coloration et son opacification donnent naissance à une matière que les contemporains appellent cristal d’opale ou cristaux en couleur d’opale.

Aujourd’hui, l’appellation «verre opaline» est beaucoup plus courante. Parmi les principaux centres de production des premières opalines françaises figurent Le Creusot, Baccarat et Saint-Louis, auxquels viennent ensuite s’ajouter les manufactures parisiennes et des environs de Paris de Bercy, Choisy-le-Roi, Belleville et Clichy.

La véritable apogée de la mode de l’opaline se situe sous la Restauration. La presse de mode française elle-même en témoigne : en janvier 1824, le Journal des Dames et des Modes rapporte que, parmi les cadeaux d’étrennes destinés aux dames, les cristaux colorés sont particulièrement recherchés — les blancs laiteux appelés «opale», les roses «hortensia» et les bleus «turquoise».

L’opaline prend alors place dans les intérieurs privés raffinés : on l’utilise pour créer des vases, des coupes, des flacons, des coffrets ainsi que des objets appartenant aux nécessaires de toilette et aux services de nuit.

L’opaline française blanche, qui reçut le nom d’opaline savonneuse, est particulièrement intéressante. Son attrait résidait dans un effet difficile à saisir : elle n’avait ni la blancheur froide de la porcelaine ni l’ambition de rivaliser avec la transparence du cristal ordinaire.

La lumière se diffusait dans l’épaisseur du verre, créant une tonalité douce, laiteuse et nacrée, ainsi qu’une impression de profondeur. C’est précisément cette propriété qui définit le caractère de notre vase. Le terme savonneuse était effectivement employé pour désigner l’opaline française blanche de l’époque de Charles X.

Son parti décoratif repose sur l’association de trois couleurs caractéristiques des arts décoratifs de luxe de la première moitié du XIXe siècle : le blanc laiteux, le turquoise et l’or.

La surface principale est laissée presque dépourvue de décor, de sorte que le regard se concentre sur les qualités mêmes du verre opalin. L’or n’apparaît d’abord que sous forme de fines lignes à la base et à la jonction avec le haut col, avant de devenir l’accent principal sur le large bord ondulé.

Le liseré turquoise qui souligne son contour transforme le caractère de l’ensemble. Il introduit cette note colorée éclatante que les artisans français de la Restauration appréciaient tant dans l’opaline.

L’association du blanc « opale » et du bleu « turquoise » est d’autant plus intéressante que ces deux couleurs figurent précisément parmi les variétés de cristal d’opale à la mode citées par la presse française dès 1824. Ici, elles ne se présentent pas sous la forme de deux verres distincts, mais se rencontrent sur un même objet, complétées par l’or.

Le bord ondulé achève ce jeu de matière et de couleur. La stricte verticalité du haut col semble abandonner sa géométrie pour s’épanouir en une ligne libre évoquant les pétales d’une fleur.

Cette forme révèle déjà un éloignement progressif de la rigueur antique des premières opalines. Le Musée des Arts Décoratifs souligne une évolution caractéristique de l’opaline française au XIXe siècle : les premières pièces suivent les formes simples du «retour à l’Antique» ; sous Charles X, leurs volumes deviennent plus importants, puis les formes s’allongent progressivement et adoptent des contours plus libres.

L’ensemble de ces caractéristiques permet de dater ce vase des années 1830–1850. Il conserve un lien direct avec la culture artistique de l’époque de Charles X, lorsque l’engouement pour le cristal d’opale français atteint une intensité particulière, tandis que sa silhouette élancée et son bord librement ondulé permettent également de situer sa création dans les décennies suivantes.

À titre de comparaison, les attributions de Christie’s situent les œuvres caractéristiques en opaline de l’époque de Charles X dans les années 1820–1830, tandis que des opalines françaises polychromes d’une période proche sont également datées des années 1830–1840.

«Brume d’opale» appartient à cette catégorie d’objets qui permet de comprendre pourquoi l’opaline française est devenue un domaine de collection à part entière. Son attrait ne réside pas dans l’abondance de l’ornement, mais dans la matière elle-même et dans la capacité de quelques accents colorés précisément choisis à la métamorphoser.

La profondeur laiteuse du verre, le délicat liseré turquoise et l’or créent ici cette rare sensation de lumière et de couleur grâce à laquelle le cristal d’opale français entra autrefois dans la mode et continue, deux siècles plus tard, à conserver tout son charme.

Informations complémentaires

Poids 1,5 kg
Dimensions 31 cm

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